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Yvert et Tellier N° : 3746

Rachi (1040-1105)
Graveur
André Lavergne
Dessin / M en page
Yann Gafsou
QT émis
.
Couleur
violet bleu vert et blanc
Année d'émis
2005
Dentelure
Type
.
Valeur faciale
0.50 €
Impression
taille douce
Date de retrait
Valeur marchande neuf
0,30
Valeur marchande neuf avec charnière
0,00
Valeur marchande oblitéré
0,15

Salomon ben Isaac (Rabbi Chlomo ben Yts'hak) plus connu par son acrostiche Rachi (Troyes 1040 - 1105) est un commentateur des textes sacrés juifs tant de la tradition écrite (Pentateuque. Prophètes. Hagiographes) que de la tradition orale (Talmud). Rachi est issu d'une illustre lignée rabbinique réputée remonter jusqu'au roi David..En effet. il descendait par sa mère du Rav Elyakim. lui-même descendant à la 31ème génération de Rabbi Yohanan le sandalier. un Tanna souvent cité dans le Talmud. qui est lui-même arrière-arrière-petit-fils de Rabban Gamliel l'Ancien fils de Rabbi Shimon fils de Hillel l'Ancien. réputé de lignée davidique..Son père est mort en ''saint'' (c'est à dire en refusant d'abjurer sa foi). Rachi le cite quelques fois comme ''mon maître''. et il pourrait avoir étudié quelques années avec lui..Le premier commentaire de Rachi sur le Pentateuque s'ouvre sur les mots ''Amar Rabbi Itzhak'' (Rabbi Itzhak a dit). Cependant. il ne s'agit pas d'un enseignement du père de Rachi mais d'un midrash issu du Tanhouma Yashan..Son oncle maternel. Rav Shimon l'Ancien. a longtemps étudié auprès de Rabbenou Guershom de Mayence. surnommé meor Hagola (lumière de l'exil)..Enfant. Rachi se distingue sûrement par sa mémoire prodigieuse. et passe pour un maître accompli à 20 ans. Il part étudier dans les écoles talmudiques rhénanes auprès du Rav Yaakov ben R' Yakar (''mon vieux Maître'') à Mayence puis. à la mort de celui-ci. auprès du Rav Yts'hak ben Eléazar Halévi à Worms..Revenu à Troyes. il fonde à son tour une école talmudique qui attire rapidement des élèves de toute l'Europe. Malgré sa renommée. il refuse de tirer profit de sa charge de rabbin et gagne sa vie comme vigneron. ainsi qu'il transparaît dans un de ses responsa. où il s'excuse de sa brièveté. étant pris par les vendanges..Ayant vécu un siècle avant ''l'autre'' géant. Maïmonide. sa renommée fut au moins aussi grande. Rachi le dépassa même en popularité: en effet. à côté du fier Andalous s'exprimant à l'élite. Rachi était simple et très modeste. refusant d'arbitrer les cas qui ne relevaient pas de sa communauté. admettant son ignorance. tant dans ses responsa que dans ses commentaires (cf. infra). Par ailleurs. et c'est rare. Rachi est à la portée du débutant comme de l'érudit..Rachi n'ayant eu que des filles. il leur enseigna son savoir. ce qui dénotait d'une ouverture d'esprit exceptionnelle au Moyen Age. Il les maria avec ses meilleurs élèves. qui reprirent. avec leurs enfants. le flambeau de la transmission et du commentaire. Miriam. sa fille aînée. épousa R' Yehoudah ben Nathan (le Rivan). qui eut l'honneur d'achever le commentaire du traité talmudique « Makkot » sur lequel travaillait Rachi à sa mort. Yocheved épousa Meir ben Samuel. et donna naissance à de nombreux enfants. dont trois commentateurs célèbres qui laissèrent leur trace dans l'histoire : le Rachbam. Rabbénou Tam et le Rivam. Leur fille Hanna écrivit un responsa sur les lois de l'allumage des bougies à Shabbat. Rachel (Belleassez) épousa et divorça de R' Eliezer ben Shemiah..La fin de sa vie fut empoisonnée par les Croisades et les massacres des communautés juives qui les accompagnèrent. Rachi. protégé du comte de Champagne. était à l'abri. mais pas un jour ne se passait sans qu'il entendît une mauvaise nouvelle émanant de ses chères communautés rhénanes. Le premier commentaire sur le premier verset du premier livre de la Bible. dans lequel il s'étonne que la Tora. livre de lois. commence par la Création du monde. est l'occasion de réaffirmer le droit inaliénable de la terre d'Israël au peuple Juif. en réponse aux dites Croisades..Le commentaire de Rachi.La petite histoire veut que Rachi ait eu l'idée de son commentaire en entendant dans une synagogue un père se tromper en donnant à son fils l'explication du sens simple d'un verset (pshat)..Rachi a donc eu l'idée de réunir dans un commentaire toutes les réponses aux questions qu'un enfant de cinq ans pourrait se poser en restant aussi concis que possible (''Une goutte d'encre vaut de l'or''). Il veut. en respectant la grammaire. tournure de phrase. .... trouver l'explication la plus simple du verset..En effet. si la Torah a toujours été commentée. on se concentrait jusque là que sur le drash des versets : lorsqu'une difficulté se présente. que ce soit dans la compréhension textuelle ou contextuelle de la section lue. les maîtres tendent à donner des réponses indirectes. Qu'elles soient allégoriques. poétiques. politiques. philosophiques. voire mystiques. elles extraient souvent un verset de son contexte et le dénaturent quelque peu. Ainsi. en est-il du fameux ''ne lis pas banaïkh (tes fils) mais ''bonaïkh'' (tes bâtisseurs)'' Tout exacts que soient ces propos. ce n'est pas là l'intention du verset..En commentant le Tanakh et le Talmud. Rachi ne souhaite ni se lancer dans des discussions savantes. ni débattre de questions philosophiques ou théologiques ardues. mais seulement rendre. au sens restituer. à son peuple les moyens de comprendre ces textes écrits dans une langue trop antique. parlant de choses trop élevées. se basant des notions trop anciennes. et sur lesquels ils doivent pourtant se baser de façon indispensable pour continuer à perpétuer les traditions d’un peuple qui. s’il ne peut en aucun cas rajouter ni retrancher quoi que ce soit à la lettre. doit s’y conformer dans un monde en perpétuelle mutation..Pour ce faire. il a retransmis les opinions des Anciens. des maîtres de la tradition prophétique. puis rabbinique. en sélectionnant dans l'immense compilation de midrashim celui qui semble correspondre le mieux au sens simple du texte. Il recherche avant tout la clarté de pensée. et la clarté de style. n’hésitant pas à recourir à la langue d’oïl. la langue vernaculaire de la France du Nord du XIème siècle(signalées par ''bela'az''). ou de chercher la comparaison avec une anecdote vécue à Troyes ((qui est une ville marchande. des foires internationales s'y tiennent plusieurs fois par an)afin de simplifier encore plus l’explication proposée..Il est important de noter que cette recherche de la concision. tant dans la forme que dans le fond de la formulation. est une valeur typiquement française. ce que ne manqueront pas de rappeler Emmanuel Levinas ou Léon Ashkénasi..Doué d'une mémoire et d'une connaissance encyclopédiques. il parvient à reconstituer par sa seule intuition la disposition du Tabernacle. Il souligne les explications connues mais erronées il illustre parfois par des midrashim. Exceptionnellement. il aborde des questions de grammaire. d'orthographe ou de cantilation lorsque cela permet d'éclairer le sens simple des versets..Rachi traite rarement de points de théologie. Néanmoins. citons son commentaire sur Psaumes 49 :11 (“Ils remarquent pourtant que les sages meurent (yamoutou). tout comme périssent (yovedou) le fou et le sot. en laissant leurs biens à d’autres.”). où Rachi explique la différence de terme entre ces deux notions. pourtant similaires à première vue. de la sorte : “mita” s’applique au sage. dont seul le corps meurt. tandis qu’“aveda” est pour le fou ou le sot. dont non seulement le corps. mais aussi l’âme disparaît..On peut aussi noter que Rachi n'hésite pas à dire ''Je ne sais pas'' et que lors d'un doute. il rapporte les différentes explications possibles soit en soulignant que les opinions sont partagées ou qu'elles correspondent à plusieurs niveaux de lectures..Bien que son œuvre fût colossale (on raconte qu'il écrivit aussi 7 livres de médecine.qui malheureusement ne parvinrent pas jusqu'a nous). il la révisa à trois reprises. et selon son petit-fils. le Rachbam. s'apprêtait à le refaire.